TISSER.
Le lien, le nœud, le tissage; voilà ce qui me plaît dans le travail de peinture.
Longtemps j'ai réalisé de petits dessins et de petits bricolages dans le seul but d'offrir des choses aux gens que j'aime.
Aujourd’hui je me rends compte qu’il s’agit plus d’un échange que d’un simple don de soi. J’aime assez cette idée d’araignée qui file chère à Louise Bourgeois, mais je ne l’exprime pas dans la création de grands arachnides, plutôt dans les petits travaux, dans le petit détail précieux, sans envergure. Je tisse des matières, je tisse des images entre elles.
L’art contemporain a cela de difficile pour moi qu’il justifie tout avec le concept, l’idée. Après des années d’étude je suis toujours persuadée, malgré les « doctrines » des uns et des autres, que l’art est vraiment contemporain quand il se sert, au jour le jour, du vivant, de ce qui existe . La matière elle-même existe, possède une histoire, pas besoin de lui en inventer une. Par exemple dans les matériaux que j’utilise il y a un rapport très étroit à l’affect. Mes papiers sont le plus souvent collectés. 
Voyages, table de restaurant, lettre, cadeau (je suis du genre à préférer l’emballage). Chaque morceaux fait référence à une chose que j’ai vécue.
Ma dernière série de portraits est faite de morceaux d’une vieille jupe. C’est une amie qui m’a donné cette jupe.
Parfois les morceaux restent visibles sur la toile, témoins d’une aventure personnelle que j’explique au spectateur lorsque nous nous voyons. Parfois les fragments sont cachés, comme des secrets entre la toile et moi. Des fois, je me dis en écoutant les gens parler de mes toiles « si tu savais comment c’est fait… »
En cela j’ai vraiment une aventure affective avec chaque toile. J’ai d’ailleurs eu beaucoup de mal à montrer mon travail. Mettre un prix est encore extrêmement difficile, voire obscène. Ce n’est pas toujours « à propos ».
Ma grand mère maternelle, que je n’ai pas connue était couturière, mon grand père était ébéniste, comme une amie me le faisait remarquer pas plus tard que cet après midi, je crois que j’ai une rapport « artisanal » avec l’art. Et je maintiens que la matière a une âme, qu’il n’est pas nécessaire de lui en « coller » une. Pour moi c’est de l’ordre du pastiche.
Il m’arrive encore de donner des toiles, à ceux qui me donnent des matériaux par exemple, c’est un retour que j’aime, une boucle qui se boucle dans l’échange. C’est de cette histoire intime que vient la valeur d’une œuvre, pas de l’explication savante qu’un historien ou un sémiologue va en faire. La toile se raconte et je me raconte aussi à travers elle, évidemment, il y a un petit côté mégalo dans tout ça !!! Chaque toile est, en soi, une aventure unique qui n’a pas de prix.
